Aïe aïe aïe
à peine deux interviews et déjà la panne sèche. Cest linconvénient dêtre une jeune pirate à peine sortie de son hamac troué, je ne connaissais pas grand monde, ou plutôt le monde que je connaissais était à peine capable daligner trois jurons, alors, une interview, pensez ! Je tirai donc au sort dans ma hotte de Noël
et lheureux gagnant de notre loterie était
Sullinde !
Ah
Sullinde
Celui-là ne métait pas inconnu, un bravache qui arborait son statut de VIP dor comme dautres des cicatrices glorieuses, un causeur qui épuisait son auditoire quel que soit le sujet, aucun sens de lhumour, et avait-il seulement mis les pieds en mer, le bougre ? Maudite conscience professionnelle ! Jaurais pu me donner une seconde chance, tirer un autre nom, mais non, le soir même le rendez-vous était pris, et je my rendis dhumeur massacrante.
Sullinde : Tiens, petite piratesse, goûte-moi çà.
BoucheDorée : Eh, doucement, je ne tiens pas lalcool, juste un doigt, daccord ?
S : Malheureuse, ça nest pas de lalcool, mais du chouchen !
Tandis quil versait le liquide mordoré dans les gobelets dargent, je dévisageai le bonhomme. Malgré les courants glacés qui parcouraient la Taverne, Sullinde ne portait quune tunique échancrée, sans manches, sans doute pour laisser voir linscription qui ornait ses épaules : « Maman, je taime »
mais non, je plaisante
sur lépaule gauche était tatoué « VIP dor» et sur la droite « VIP toujours et encore » (il a du sacrément déguster quand il est passé de bronze à argent puis or). Et un magnifique collier damanites desséchées dansait sur sa poitrine bronzée. Allez, bouclons la corvée, plus tôt ce sera fini, plus tôt jirai siroter une tisane chez Saramuch.
BD : Tu dois te la jouer grave dans les soirées mondaines, toi ?
Sullinde éclata dun rire fort et bruyant qui fit trembler les gobelets et effondrer le château de cartes de notre voisin.
S : Ma petite demoiselle, des soirées mondaines, ah ah ah, vous ny pensez pas !!! Quirais-je traîner mes guêtres dans des salons insipides où le seul intérêt serait de boulotter à lil !!! Non, ma petite sirène, moi je suis VIP par la seule force de mon courage et de celui de mon équipage ! Nous écumons autant que nous pouvons la surface des océans, passant aussi par voie de terre pour détrousser le paysan et le moine. Mais je dois bien le reconnaître, entonner une ritournelle dans une taverne crasseuse et mal famée comme ici, autour dun bon bock de rhum, ou même mieux de chouchen de mes contrées natales, alors certes oui, je le mérite, mon statut de VIP !
Elle était mignonne la garce ! La garce !
Elle était mignonne mais rouge de la face !
Compagnons elle en vide plus que vous de litrons !
Compagnons du rhum cest sûr nous lui en servirons !
Ah ah ah !
Je ne suis pas contre non plus quelques algarades avant de reprendre la mer histoire de dérouiller les muscles et les mal embouchés. Lodeur du sang change un peu de lodeur de la poudre à canon. Faut savoir quil y en a des mauviettes ici, les pires ont fait allégeance à la couronne, mordious, je les crèverais tous, par les culottes de Saint Georges ! Ah ah ah ! VIP en mer, VIP qui bois du rhum et qui en est fier ! Je ten ressers une goutte, il est fameux, nest-ce pas ?
BD : Pas plus haut que la bouteille, alors, il faut que je rentre droit sinon je vais encore finir dans le port.
Alors que ma pauvre tête résonnait encore du rire de mon compagnon, une bande de diablesses, toutes jeunes, délurées et bien tournées, dévala lescalier de la Taverne.
<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p>Elles adressèrent quelques plaisanteries égrillardes à Sullinde, quelles appelèrent « capitaine », et sengouffrèrent dans la ruelle. Quoi, ce gars-là, que je commençais à trouver plaisant, se la coulait douce pendant quil faisait trimer son harem ?
BD : Tu ne serais pas un affreux profiteur, un fieffé macho, un triste sire, toi ?
S : Ha ha ha ! Ce ne sont point des simplettes à petite vertu que vous venez de voir, mademoiselle la pudeur, mais de furieuses et sanguinaires amazones qui ont détroussé quelques gentilhommes, et bien pire encore ! Mais nos pillages ne sont quenfantillages, car le vrai maître à bord est la magie noire que nous exerçons. Sachez que certaines dentre elles ne font plus partie du monde des vivants depuis plusieurs siècles déjà, et plus que les trésors, plus que lor clinquant, sonnant et trébuchant, elles ont besoin de se repaître de lâme de leur victime, quelles pendent à la grande vergue jusquà ce que le gaillard soit exsangue. Si elles nen ont pas tout leur saoul, cest de la mienne quelles se contenteront et vous comprenez bien que même si jaime flirter avec la mort, jaime bien plus poser mes bottes sur le sol des vivants. Ha ha ha !
Mais il riait toujours de la même manière, le bougre
Il avait du répondant et pas que du piratement correct, ça changeait des discussions sur le meilleur armement du navire ou sur lemplacement stratégique des toilettes à bord.
S : Une rasade pour la route ?
BD : Juste un tonneau, alors, pour finir. Mais dis-moi, pour quelles taient choisi comme capitaine et que tu naies pas encore fini comme ces malheureux, il faut que tu possèdes quelque secret
ou que tu remplisses quelque office que je préfère ne point décrire
mais tu peux décrire, oui, oui, je técoute, mais par pitié arrête de rire !
S : Ah ah ah, que jarrête de rire, elle est bien bonne ! Allons, mignonne, il ny a pas de secret, les amazones ont en horreur la gent masculine pour ce quelle représente de stupre. Cest Veuvenoire666, mon actuelle seconde et ancienne capitaine du « Tête de Mort » qui ma adoubé. Ma seule et unique mission, outre le fait de tenir fermement et disciplinairement dune main de fer gantée de clous cet équipage, est de ne recruter que des amazones, aucun mâle autre que le capitaine na droit de cité à bord, et je ne men plains pas ! Ah ah ah ! Et alors quoi ? Aimer laventure et la vivre dangereusement nest-il pas des plus excitants ? Lorsquon croise un rafiot puant et que nous labordons, que ces mauviettes jacassent telles des pintades « non, non, grâce, ne nous pillez pas », mais cornes de bouc puant que ces frères de la côte restent à terre pour boucaner et quils laissent le vaste Océan aux trucideurs de coques !
BD : Oui ! Tas raison ! Rien de plus noble que lart de trucider en pillant et en flanquant de bonnes dérouillés à ceux qui zosent nous dévisager pas de face ! Vive la pitrerie !
S : Piraterie ?
BD : Oui ! Aussi !
Je saluai le gai compagnon à létrange équipage, et étant moi-même gaie, vlan, je dérapai sur la passerelle enneigée qui menait au bateau, mais ce coup-ci me rattrapai tant bien que mal, juste les jambes dans la mer salée, gelée, dégoûtante, ya les poissons qui font les sacripants dedans ! Et men allai réclamer ma juste contribution.
BD : Coucou, Truc Muchette ! Oooohhhhhh ! Undo ! Tes là aussi, ma poto !
Undomiel : Fameuse recrue, tiens, manquait plus que ça, je me décarcasse toute la sainte journée pour que la Gazette paraisse à temps, et les pigistes me filent à la dernière minute un torchon imbibée dalcool ! Suis pas aidée !
BD : Allez, fais pas ton tyran, dhabitude Undo rechigne un brin, mais là, Undo chine !
Poursuivie par les imprécations dUndomiel, je retournai sur le port à la recherche de mon nouveau pote. « Tu verras » avait prédit Saramuch, « les interviews, cest super pour se faire des petits camarades ».
Et jai crié, crié « Sullinde ! » pour quil revienne, et jai pleuré, pleuré, « Sullinde, oh, je voulais trop du chouchen ! »
Bouche Dorée <o:p></o:p>