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Le blog des archives de la Gazette

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Pages 5 à 9 : Rencontres Piratesques : Sullinde


Aïe aïe aïe… à peine deux interviews et déjà la panne sèche. C’est l’inconvénient d’être une jeune pirate à peine sortie de son hamac troué, je ne connaissais pas grand monde, ou plutôt le monde que je connaissais était à peine capable d’aligner trois jurons, alors, une interview, pensez ! Je tirai donc au sort dans ma hotte de Noël… et l’heureux gagnant de notre loterie était … Sullinde !
Ah… Sullinde…
Celui-là ne m’était pas inconnu, un bravache qui arborait son statut de VIP d’or comme d’autres des cicatrices glorieuses, un causeur qui épuisait son auditoire quel que soit le sujet, aucun sens de l’humour, et avait-il seulement mis les pieds en mer, le bougre ? Maudite conscience professionnelle ! J’aurais pu me donner une seconde chance, tirer un autre nom, mais non, le soir même le rendez-vous était pris, et je m’y rendis d’humeur massacrante.

Sullinde : Tiens, petite piratesse, goûte-moi çà.

BoucheDorée : Eh, doucement, je ne tiens pas l’alcool, juste un doigt, d’accord ?

S : Malheureuse, ça n’est pas de l’alcool, mais du chouchen !

Tandis qu’il versait le liquide mordoré dans les gobelets d’argent, je dévisageai le bonhomme. Malgré les courants glacés qui parcouraient la Taverne, Sullinde ne portait qu’une tunique échancrée, sans manches, sans doute pour laisser voir l’inscription qui ornait ses épaules : « Maman, je t’aime »… mais non, je plaisante… sur l’épaule gauche était tatoué « VIP d’or» et sur la droite « VIP toujours et encore » (il a du sacrément déguster quand il est passé de bronze à argent puis or). Et un magnifique collier d’amanites desséchées dansait sur sa poitrine bronzée. Allez, bouclons la corvée, plus tôt ce sera fini, plus tôt j’irai siroter une tisane chez Saramuch.

BD : Tu dois te la jouer grave dans les soirées mondaines, toi ?

Sullinde éclata d’un rire fort et bruyant qui fit trembler les gobelets et effondrer le château de cartes de notre voisin.

S : Ma petite demoiselle, des soirées mondaines, ah ah ah, vous n’y pensez pas !!! Qu’irais-je traîner mes guêtres dans des salons insipides où le seul intérêt serait de boulotter à l’œil !!! Non, ma petite sirène, moi je suis VIP par la seule force de mon courage et de celui de mon équipage ! Nous écumons autant que nous pouvons la surface des océans, passant aussi par voie de terre pour détrousser le paysan et le moine. Mais je dois bien le reconnaître, entonner une ritournelle dans une taverne crasseuse et mal famée comme ici, autour d’un bon bock de rhum, ou même mieux de chouchen de mes contrées natales, alors certes oui, je le mérite, mon statut de VIP !
Elle était mignonne la garce ! La garce !
Elle était mignonne mais rouge de la face !
Compagnons elle en vide plus que vous de litrons !
Compagnons du rhum c’est sûr nous lui en servirons !
Ah ah ah !
Je ne suis pas contre non plus quelques algarades avant de reprendre la mer histoire de dérouiller les muscles et les mal embouchés. L’odeur du sang change un peu de l’odeur de la poudre à canon. Faut savoir qu’il y en a des mauviettes ici, les pires ont fait allégeance à la couronne, mordious, je les crèverais tous, par les culottes de Saint Georges ! Ah ah ah ! VIP en mer, VIP qui bois du rhum et qui en est fier ! Je t’en ressers une goutte, il est fameux, n’est-ce pas ?

BD : Pas plus haut que la bouteille, alors, il faut que je rentre droit sinon je vais encore finir dans le port.

Alors que ma pauvre tête résonnait encore du rire de mon compagnon, une bande de diablesses, toutes jeunes, délurées et bien tournées, dévala l’escalier de la Taverne.

<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p>Elles adressèrent quelques plaisanteries égrillardes à Sullinde, qu’elles appelèrent « capitaine », et s’engouffrèrent dans la ruelle. Quoi, ce gars-là, que je commençais à trouver plaisant, se la coulait douce pendant qu’il faisait trimer son harem ?

BD : Tu ne serais pas un affreux profiteur, un fieffé macho, un triste sire, toi ?

S : Ha ha ha ! Ce ne sont point des simplettes à petite vertu que vous venez de voir, mademoiselle la pudeur, mais de furieuses et sanguinaires amazones qui ont détroussé quelques gentilhommes, et bien pire encore ! Mais nos pillages ne sont qu’enfantillages, car le vrai maître à bord est la magie noire que nous exerçons. Sachez que certaines d’entre elles ne font plus partie du monde des vivants depuis plusieurs siècles déjà, et plus que les trésors, plus que l’or clinquant, sonnant et trébuchant, elles ont besoin de se repaître de l’âme de leur victime, qu’elles pendent à la grande vergue jusqu’à ce que le gaillard soit exsangue. Si elles n’en ont pas tout leur saoul, c’est de la mienne qu’elles se contenteront et vous comprenez bien que même si j’aime flirter avec la mort, j’aime bien plus poser mes bottes sur le sol des vivants. Ha ha ha !

Mais il riait toujours de la même manière, le bougre… Il avait du répondant et pas que du piratement correct, ça changeait des discussions sur le meilleur armement du navire ou sur l’emplacement stratégique des toilettes à bord.

S : Une rasade pour la route ?

BD : Juste un tonneau, alors, pour finir. Mais dis-moi, pour qu’elles t’aient choisi comme capitaine et que tu n’aies pas encore fini comme ces malheureux, il faut que tu possèdes quelque secret… ou que tu remplisses quelque office que je préfère ne point décrire… mais tu peux décrire, oui, oui, je t’écoute, mais par pitié arrête de rire !

S : Ah ah ah, que j’arrête de rire, elle est bien bonne ! Allons, mignonne, il n’y a pas de secret, les amazones ont en horreur la gent masculine pour ce qu’elle représente de stupre. C’est Veuvenoire666, mon actuelle seconde et ancienne capitaine du « Tête de Mort » qui m’a adoubé. Ma seule et unique mission, outre le fait de tenir fermement et disciplinairement d’une main de fer gantée de clous cet équipage, est de ne recruter que des amazones, aucun mâle autre que le capitaine n’a droit de cité à bord, et je ne m’en plains pas ! Ah ah ah ! Et alors quoi ? Aimer l’aventure et la vivre dangereusement n’est-il pas des plus excitants ? Lorsqu’on croise un rafiot puant et que nous l’abordons, que ces mauviettes jacassent telles des pintades « non, non, grâce, ne nous pillez pas », mais cornes de bouc puant que ces frères de la côte restent à terre pour boucaner et qu’ils laissent le vaste Océan aux trucideurs de coques !

BD : Oui ! T’as raison ! Rien de plus noble que l’art de trucider en pillant et en flanquant de bonnes dérouillés à ceux qui z’osent nous dévisager pas de face ! Vive la pitrerie !

S : Piraterie ?

BD : Oui ! Aussi !

Je saluai le gai compagnon à l’étrange équipage, et étant moi-même gaie, vlan, je dérapai sur la passerelle enneigée qui menait au bateau, mais ce coup-ci me rattrapai tant bien que mal, juste les jambes dans la mer salée, gelée, dégoûtante, y’a les poissons qui font les sacripants dedans ! Et m’en allai réclamer ma juste contribution.

BD : Coucou, Truc Muchette ! Oooohhhhhh ! Undo ! T’es là aussi, ma poto !

Undomiel : Fameuse recrue, tiens, manquait plus que ça, je me décarcasse toute la sainte journée pour que la Gazette paraisse à temps, et les pigistes me filent à la dernière minute un torchon imbibée d’alcool ! Suis pas aidée !

BD : Allez, fais pas ton tyran, d’habitude Undo rechigne un brin, mais là, Undo chine !

Poursuivie par les imprécations d’Undomiel, je retournai sur le port à la recherche de mon nouveau pote. « Tu verras » avait prédit Saramuch, « les interviews, c’est super pour se faire des petits camarades ».
Et j’ai crié, crié « Sullinde ! » pour qu’il revienne, et j’ai pleuré, pleuré, « Sullinde, oh, je voulais trop du chouchen ! »


Bouche Dorée <o:p></o:p>

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