Quand la chaleur du soleil au zénith se fit sentir, elle se remit sur le ventre et se remit à ramper, espérant trouver des rochers et leur ombre. Le sable et les coquillages lui râpaient bras et jambes. Elle ne voyait que des ondulations de chaleur au niveau de lhorizon. Rien que le sable et la mer, à perte de vue. Quand elle fut épuisée de nouveau, elle se rallongea sur le dos, un bras sur ses yeux. La soif la reprit très vite, et la faim commença à se faire sentir. Pour les fuir, elle senferma dans son esprit, tentant de retrouver des vestiges de sa mémoire brumeuse. Elle se rappelait la tempête, la même qui lavait rattrapée plus tard sur la plage.
Le bateau tanguait plus fort que jamais, poussé par les vagues et le vent, le pont glissait, mouillé par la pluie. Elle était sortie pour essayer daider
Aider qui ? Elle ne se rappelait plus les visages. Elle voyait parfaitement le bateau mais plus les visages. Ni les bruits, tout était silencieux, comme vu à travers une vitre. Elle était tombée aussitôt sortie sur le pont. Elle avait essayé de se relever, sagrippant aux rambardes. Un éclair avait frappé le mat, et les voiles avaient pris feu. La vigie était tombée, calcinée, aux pieds de la jeune fille. Elle avait reculé brusquement en criant. Elle se rappelait les moindres détails du corps calciné
Elle sétait demandé comment le corps avait pu brûler aussi vite
Léclair ? Elle ne connaissait rien de la force de ces lumières incendiaires
Le bateau avait de nouveau tangué, plus violement, projetant la jeune fille dans tous les sens. Les clous lui râpaient bras, jambes, visage
Les cordes la cinglaient aussi, elle avait mal partout. Une caisse mal arrimée la percuta dans le dos et elle fut éjectée du bateau et perdit à moitié connaissance. Tantôt elle nageait vaguement, tantôt elle se laissait porter
Et après
La plage
Elle narrivait pas à se souvenir des événements plus vieux
Sa mémoire était tel un désert couvert de brume, qui ne se dévoile quà certains endroits. Une mémoire éclatée, brouillée
Son nom
Elle devait retrouver son nom, pouvoir brandir au moins cet étendard de mémoire
<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p>Elle prit sa tête entre les mains et éclata en sanglots. Elle navait plus rien. Ni famille, ni amis, ni nourriture, ni eau, ni mémoire
Ni nom
Lui restait-il seulement son âme ? Elle nétait sûre que dune chose concernant ses possessions : sa vie. Et encore
Combien de temps serait-elle à sa disposition ? Si seulement elle savait où elle était
Elle pourrait trouver un village, un fleuve
Rien, elle ne savait rien sur lendroit sur lequel elle avait échouée.
Ses yeux la brûlaient à chaque larme, alors, elle se força à arrêter de pleurer. Il lui fallait de leau
et de quoi manger et des soins. Et elle sen rendit compte
Elle avait un autre besoin, plus vague, mais qui le pinçait le cur. Besoin de présence humaine
de savoir
davoir un nom à mettre sur ses mains.
Elle sétait relevé et marchait à présent en suivant la plage, espérant trouver de la vie près de leau, un port de pêche ou de commerce. Une trace dhumanité, nimporte quoi. Sa gorge la brûlait
assoiffée, irritée par le sel
Cette pensée lobnubilait presque
Elle aurait voulu ne penser quà ça
A de leau, à de la nourriture, à marcher sans fin sur cette plage. Elle ne voulait pas penser à sa mémoire. Elle ne voulait plus penser.
Elle continua de marcher, malgré la tombée de la nuit. Une nuit noire, les nuages étant revenus et couvrant lune et étoiles. La jeune fille de voyait pas à deux mètres, et somnolente, encore moins loin
Ainsi, elle ne vit pas le bout de bois flotté enfoncé dans le sable et sétala de tout son long. Elle jura et donna un coup de poing dans le sable. Elle laissa de nouveau ses larmes couler puis elle se releva. Avec milles précautions, à tâtons, elle saventura vers lénorme forme noire qui se dressait devant elle. Elle pensait que cétait un bateau naufragé, et quelle avait du buter contre un morceau cassé du navire. Elle sallongea contre un pan du navire, recroquevillée, cherchant un abri face au vent et au froid. Le drapeau en lambeaux du bateau claquait au vent, le bois gémissait
Ou était-ce les fantômes de ce naufrage ?
La jeune fille dormit fort mal et quand elle séveilla, son premier geste fut de détailler le bateau. Cétait une épave assez récente, le bois nétant pas pourri. Peut-être même le bateau où elle avait navigué
Son nom était le Sworvan, les voiles étaient déchiquetées et la moitié du bastingage arraché. Le drapeau qui lavait empêché de dormir pendouillait misérablement au mât principal. Il y avait même deux. Le premier représentait une épée qui fendait les flots et le deuxième
La jeune fille frissonna tandis que le vent les déployait
Une tête de mort blanc ivoire sur un fond noir dencre
Nariel, Challenger n°2<o:p></o:p>