CHAPITRE 1
Jour -1
Tout était rouge autour de moi. Un rouge effrayant, menaçant. Les gens, affolés, couraient tous dans une direction différente. Les cris résonnaient dans mes oreilles tels des flèches enflammées. Pourquoi enflammées dailleurs ? Elles pourraient être de simples flèches
Mais, comment ne pas penser au feu dans une situation pareille ?
Ces cris, ils semblaient venir de partout, et ils venaient de partout, et lon entendait queux par-dessus les grondements du volcan. Je courais, vers le sud-est pour ma part, en tentant déviter les huttes et les villageois affolés. Autour de moi, les pierres volcaniques sécrasaient sur le sol, et parfois même sur les gens. En évitant les blessés, je continuai de courir, espérant méloigner des pierres et des coulées de lave. Jétais désormais loin de ma maison, si on peut appeler ainsi une petite cabane de bois. Comme un idiot, je me retournai pour savoir ce quelle était devenue. Je la vis, intacte, à quelques mètres du champ des coqs. Jen profitai pour jeter un il au volcan, grondant et crachant simultanément de la lave et des pierres.
Je repris ma course, évitant les gens aussi pressés que moi quoique je me demande si jétais vraiment si pressé de quitter mon village natal qui manquaient de me faire tomber à plusieurs reprises. Soudain, un coq chanta. Il y en aurait donc un étant assez calme pour pousser son cri comme au levé du soleil ? Quelques secondes après, il chanta de nouveau, ou plutôt cria, tellement ce son me paraissait déplaisant.
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Il cria donc de nouveau, puis une deuxième fois, puis une troisième. Tout était maintenant noir, comme si ce coq nous avait plongé dans la pénombre. Il cria encore. A part lui, je nentendais plus rien
Ce nest finalement quau 7ème cri que je daignai ouvrir les yeux. Mais pourquoi donc un coq crie-t-il autant de fois ? On a tout de même compris quil faisait jour ! En grognant, je me levai de mon lit de paille détrompez-vous, cest très confortable une fois quon y est habitué. Jouvris mes volets, qui donnaient droit sur ce champ maudit qui me sortait de mes rêves ou cauchemars tous les matins, à lheure précise où lon préférerait rester tranquille quelques heures de plus. Et oui, les coqs sont ponctuels, toujours à cette heure-là ! Dailleurs, pour mon plus grand malheur, lanimal le plus ponctuel est Coqnier, comme je lai appelé en référence au mot « cogner », qui a la sale manie de crier une dizaine de fois en trois minutes chaque matin, et dun cri encore plus horrible que les autres.
Je sortis de ma hutte, et comme dhabitude je me dirigeai vers la maison de pierre du forgeron. Un jour, jespère bien remplacer ma petite demeure une pièce à peine meublée par une habitation de pierre, bien plus agréable à regarder. Bien sur, cela est réservé aux gens importants, mais qui sait, peut-être que demain je réaliserais un record à mon épreuve, et que cela me permettrait de me rendre un peu plus connu dans le village
Enfin, je rêve sûrement un peu trop, je ne suis même pas certain de la réussir, cette épreuve.
Je jetai un il au volcan de Briznuk, qui navait pas, à mon souvenir, fait couler une seule goutte de lave depuis de nombreuses années, malgré mes rêves récurrents. Enfin, mon « souvenir » nétait pas forcément très fiable, étant donné que je navais que quinze ans mais je devrais dire seize, même si nous nétions pas encore le bon jour. Mais si il y avait eu une explosion de notre montagne de feu lors des cent dernières années, je devrais en savoir quelque chose, non ?
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Jarrivai chez le forgeron. Cela faisait maintenant plus dun an que japprenais ce métier en voie de succéder à notre actuel fabriquant darmes. Jouvris la porte.
Etrangement, je nentendis pas le bruit du marteau frapper les lames en entrant dans la pièce.
- Ah, bonjour Devi.
Mon maître darme se leva de son siége et savança vers moi, une épée à la main.
- Je pense que tu devrais te reposer, tu dois passer au conseil demain soir cest bien cela ?
- Cest ça
- Alors voilà ton épée, tu en auras besoin pour lépreuve. Elle est désormais officiellement à toi.
En même temps que mon apprentissage de forgeron, japprenais aussi, comme tous les adolescents du village, à manier lépée. Elle est obligatoire dans lépreuve que lon doit tous affronter, le jour de ses seize ans, à lintérieur même du volcan où siège le Grand Conseil. Si lon réussit lépreuve, on reçoit un médaillon témoignant de notre courage et de notre pleine appartenance au village.
Je rentrai chez moi, tout en passant par le champ pour prendre un épouvantail qui servira à mon entraînement de dernière minute. Certes, ce nest peut-être pas très gentil de voler une chose qui protège nos champs, mais je naurais quà le remettre en place le soir même, si tout de moins je réussis à le garder entier. Mais voilà que se pose LE problème : comment sentraîner au maniement de lépée sur un épouvantail sans le casser en deux ? Jy réfléchissais encore lorsque jarrivai devant chez moi.
Collée à la porte, une lettre enroulée portant le sceau du Conseil de Briznuk. Cela ne me surprit guère, il ne devait sagir que dun rappel pour mon épreuve du lendemain. Je la détachai donc, et du bout de deux doigts de la main droite qui portait le morceau de bois surmonté dun chapeau, je poussai la porte. Je jetai lobjet au fond de lunique pièce de ma cabane et décachetai la lettre.
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« Cher Devi,
Suite à de nombreuses délibérations, le Conseil a décidé que votre entretien du 30 novembre naura pas lieu au Volcan, comme initialement prévu, mais sur lîle de Râmba, au sud dici. Un bateau vous attendra le matin même.
Veuillez emporter une épée et un arc, ainsi quun carquois rempli dune dizaine de flèches. Votre épreuve sera conforme à la tradition de votre famille.
Le Conseil. »
Je relus la lettre plusieurs fois. Je mattardai un peu plus sur la dernière phrase. Conforme à la tradition de ma famille
Ma famille, je ne lavais pas tellement connu. Entre un père disparu et une mère partie vivre à ZepiratesLand, il ne me restait plus quun grand-père qui ne mavait jamais rien dit, peut-être à cause de son appartenance au Conseil
Lépreuve aura lieu sur lîle de Râmba
En ayant déjà entendu parler, celle-ci na jamais été sauvage, malgré la jungle qui la recouvre, dailleurs pas très grande.
Dernier point de la lettre, larc. Les épreuves sont toutes sensées se pratiquer exclusivement à lépée, je navais donc jamais appris à me servir dun arc.
Je partis de chez moi, laissant là lépouvantail, et retournai chez le forgeron pour lui demander un arc, et décidai de mentraîner à lutiliser lui, plutôt que lépée, pour le reste de laprès-midi
A Suivre...
Pikasacha <o:p></o:p>