Quant à la fille, sa joie disparut quand elle fut grosse, et lenfant grandit dans la rue, sans affection excessive, et de ruelles animées en traverses mal fréquentées il échoua dans le port, écoutant les histoires des marins jusquà pouvoir sembarquer.
Oui, Davis avait une belle âme de pirate : trucidant sans excès ; buvant plus que de raison les soirs où elle ségarait ; perdant sans ciller son or sur une table de jeu car un de ses hommes guettait linfortuné gagnant au seuil de la taverne ; pillant sans vergogne les bateaux quil arraisonnait ; ne supportant guère la contradiction et tranchant dans le vif de son interlocuteur sil se montrait trop insistant et sil parlait parfois de Dieu, ce nétait certes pas dans ses prières. Toutes qualités qui faisaient de lui un marin à la main sûre et un capitaine compréhensif.
Mais ce jour-là, Davis était furieux. Il avait abordé un galion espagnol quon lui avait promis chargé dor à nen plus flotter que par miracle ; en fait dor, il navait trouvé que des bibelots destinés à de belles Madrilènes exilées. Le navire ne transportait que les femmes et les enfants des soldats installés en une lointaine colonie ; pour cette inutile conquête il avait perdu trois hommes de LAbsolution. Le capitaine et les derniers marins survivants ne passèrent pas lheure. Quant aux passagers
les femmes implorèrent miséricorde, mais lon sait que Dieu est sourd aux prières de ses enfants. Il serait néanmoins absurde de nier le bien-fondé de la religion, car le Diable, lui, répond toujours et pour linstant dansait une sarabande effrénée dans le crâne du capitaine désappointé.
On rejeta les corps à la mer qui se teinta aussitôt de sang. LAbsolution, toutes voiles dehors, séloigna du lieu du massacre tandis quon jetait de grands seaux de mer sur le pont souillé.
- Holà ! cria la vigie.
<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p>Quelques pirates quittèrent leurs tâches, alertés par le cri de leur compagnon. Lhomme regardait vers larrière. Clignant des yeux face au soleil couchant, ils contemplèrent la mer, pétrifiés et incrédules, comme face à une apparition.
- Appelez le capitaine ! ordonna le second.
Davis rejoignit à son tour le château arrière, encore sous le coup de sa déconvenue. Ses hommes ne pipaient mot, attendant son jugement. Lui navait connu que la violence et les mensonges et il ne croyait quen lor quil dérobait avant denvoyer un navire par le fond. Il ne croyait pas en Dieu
peut-être au Diable
et ses hommes croyaient en lui.
- Vous la voyez, Captain ? hasarda le mousse.
- Je la vois.
Comme eux, il contemplait lincroyable tache rouge bordée décume qui suivait leur sillage, la même qui avait entouré, lespace de quelques instants, le navire espagnol lorsquils avaient jeté les corps par-dessus bord, suscitant la frénésie des requins.
Davis contempla les visages pétrifiés et éclata de rire. Il les accabla dinjures : ah, vraiment, ils étaient de fiers gaillards, eux qui tremblaient devant une tache comme des enfants devant une goutte de sang ! Voulaient-ils des sels ? Portaient-ils cotillons et dentelles ? Quavaient-ils donc au ventre ? Ils se tenaient comme des curaillons devant les statues de leurs saints ! Davis conclut sa harangue en distribuant force coups et regagna sa cabine, trouver consolation dans une flasque de vieux rhum, le seul butin de la maudite carcasse qui reposait désormais au fond des mers ; les Espagnols, vraiment, tous menteurs et sans le sou !
Rédemption
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Dans la prochaine Gazette, la suite de l'histoire ! </o:p>